Qu'est-ce qu'une geisha ?

Une geisha (芸者, « personne des arts ») est une artiste japonaise de la danse, du chant, du shamisen et de la conversation. Définition, rôle, geiko et maiko de Kyoto, histoire et vérité sur la prostitution.

Juliette T.

Juliette T.

Rédactrice du Journal

geisha

En bref

  • Une geisha (芸者, « personne des arts ») est une artiste japonaise qui divertit ses hôtes par la danse, le chant, le shamisen et la conversation.
  • À Kyoto, la geisha confirmée s'appelle geiko et l'apprentie maiko ; dans certaines régions comme Tokyo, l'apprentie est une hangyoku.
  • Les geishas ne sont pas des prostituées : leur métier est né pour se distinguer des courtisanes, et la loi de 1956 contre la prostitution a mis fin au rite du mizuage.
  • Les premiers geishas étaient des hommes ; la première femme geisha apparaît en 1751, et le métier devient presque entièrement féminin vers 1800.
Sommaire
  1. 01Geisha : définition, geiko et maiko
  2. 02Quel est le rôle d'une geisha ?
  3. 03Les geishas sont-elles des prostituées ?
  4. 04Quelle est l'histoire des geishas ?
  5. 05Comment devenir geisha : la formation à Kyoto
  6. 06Les geishas existent-elles encore au Japon ?
  7. 07Questions fréquentes sur les geishas

Qu'est-ce qu'une geisha ? Geisha, définition en une phrase : une artiste formée pendant des années aux arts traditionnels japonais, qui anime des soirées dans les maisons de thé de Kyoto ou de Tokyo. Le mot est connu partout, mais il est souvent mal compris.

Ce guide donne la définition de la geisha à partir de sources japonaises et encyclopédiques : le sens des mots, le métier, l'histoire, le parcours d'une apprentie à Kyoto et la vérité sur la question de la prostitution. Le kimono japonais y tient une place à part, puisqu'il dit le rang de celle qui le porte.

Geisha : définition, geiko et maiko

Le mot geisha s'écrit avec deux caractères : 芸 (gei), l'art, et 者 (sha), la personne. L'encyclopédie Britannica le traduit littéralement par « personne des arts ». Selon la région et le rang, d'autres mots désignent ces artistes, de la geiko de Kyoto à l'apprentie maiko.

Terme Écriture Sens littéral Qui
Geisha芸者Personne des artsL'artiste confirmée, terme général
Geiko芸妓Femme des artsLa geisha confirmée, à Kyoto et dans l'ouest du Japon
Geigi芸妓Femme des artsAutre lecture du même mot
Maiko舞妓Femme de la danseL'apprentie, surtout à Kyoto
Hangyoku半玉Demi-joyauL'apprentie dans certaines régions, comme Tokyo
Taikomochi ou hōkan太鼓持 / 幇間Porteur de tambour / bouffonLes artistes hommes qui ont précédé les geishas

Source : Wikipédia (article « Geisha », en anglais et en français) et Encyclopaedia Britannica, pages consultées le 8 octobre 2026.

Le « demi-joyau » de Tokyo renvoie au « prix du joyau », l'un des noms donnés autrefois à la rémunération d'une geisha. À Kyoto, on parle plutôt de geiko que de geisha.

La différence entre maiko et geiko se voit d'abord aux vêtements : col rouge et longues manches pour l'apprentie, col blanc et perruque pour la geiko.

Maiko et geiko de face : col rouge ou blanc, propres cheveux ou perruque, manches longues ou courtes, okobo ou zori

Cerisiers et lanternes, pivoines, grues : ces motifs de la tradition japonaise se retrouvent aussi sur nos pièces.

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Quel est le rôle d'une geisha ?

Wikipédia définit la geisha comme une artiste et une dame de compagnie. Selon Britannica, le chant, la danse et le shamisen, un luth à trois cordes, sont indispensables à son métier, tout comme l'art de la conversation. Beaucoup pratiquent aussi l'arrangement floral, la cérémonie du thé ou la calligraphie. Son rôle principal, ajoute l'encyclopédie, est de créer une atmosphère élégante et gaie pour ses hôtes.

Son travail se déroule surtout lors des ozashiki, des soirées de banquet qui occupent une partie ou toute la soirée. Elles ont lieu le plus souvent dans une maison de thé, l'ochaya, mais aussi dans des restaurants ou des auberges. La geisha y danse, joue de la musique et fait vivre la conversation.

Le monde des fleurs et des saules

Le milieu des geishas porte un nom poétique : le karyūkai, le « monde des fleurs et des saules ». Aujourd'hui, le terme désigne presque uniquement l'univers des geishas.

À Kyoto, les geiko se répartissent entre deux spécialités, selon la fondation Ookini Zaidan, qui soutient les arts des quartiers de geishas. Les tachikata sont des danseuses, en maquillage blanc. Les jikata sont des musiciennes : elles jouent du shamisen, chantent et accompagnent la danse, sans maquillage blanc ni perruque.

Une geiko musicienne (jikata), sans maquillage blanc, joue du shamisen à genoux sur un tatami

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Comment une geisha est-elle payée ?

Une geisha est payée au temps passé avec ses hôtes. Autrefois, ce temps se mesurait à la combustion d'un bâton d'encens : on parlait de senkōdai, les « frais d'encens », ou de gyokudai, le « prix du joyau ». Au XIXe siècle, un tarif horaire les a remplacés.

À Kyoto, on parle d'ohana ou de hanadai, les « frais de fleurs ». Une apprentie en minarai facture en général le tiers du tarif d'une geisha, selon Wikipédia.

Quand sa maison, l'okiya, a financé sa formation, la geisha rembourse d'abord cette dette sur ses gains. Ensuite seulement, elle touche l'intégralité de ses revenus et peut travailler à son compte. Leurs revenus ne sont pas publiés.

Certaines geishas avaient aussi un danna, un protecteur. Souvent fortuné, parfois marié, il payait ses dépenses et lui offrait des cadeaux. Cette relation pouvait parfois devenir intime, précise Wikipédia.

Les geishas sont-elles des prostituées ?

Non. Le système des geishas serait apparu au XVIIe siècle pour créer une classe d'artistes distincte des courtisanes et des prostituées, rapporte Britannica. C'est la question la plus posée sur les geishas, et la réponse demande quelques dates.

Les courtisanes, des « fleurs », les geishas, des « saules »

À l'époque d'Edo, les quartiers de plaisir réunissaient deux mondes. Les courtisanes, les yūjo, dont le rang le plus élevé était celui des oiran, en étaient les « fleurs ». Les geishas, plus discrètes, en étaient les « saules ».

Les règles les séparaient : il était interdit aux geishas de vendre leurs faveurs, mais aussi de porter des épingles à cheveux ou des kimonos trop voyants. Wikipédia précise que beaucoup ont pourtant continué à vendre leurs faveurs. Britannica le reconnaît aussi : certaines geishas ont entretenu des relations intimes avec leurs clients.

Oiran et geisha se distinguaient aussi au premier regard :

Critère Oiran Geisha
MétierCourtisane du plus haut rangArtiste de la danse, du chant et de la musique
ObiLarge et raide, noué devantNoué dans le dos
ChaussuresKoma-geta d'environ 20 cm, à trois dentsZōri, ou okobo pour la maiko
Ornements de cheveuxHuit grandes épingles kanzashi ou plusPlus sobres, plus fleuris chez la maiko
Aujourd'huiMétier disparu avec la loi contre la prostitutionToujours exercé, surtout à Kyoto

Source : Wikipédia (articles « Oiran » et « Geisha », en anglais), pages consultées le 8 octobre 2026.

Oiran et geisha : obi noué devant ou dans le dos, coiffure à épingles ou perruque shimada, koma-geta ou zori

D'où vient la confusion ?

L'image de la geisha prostituée s'est surtout répandue après la Seconde Guerre mondiale. Sous l'occupation du Japon, des prostituées qui travaillaient pour les soldats étrangers se présentaient comme des « geisha girls ». Beaucoup de soldats ne faisaient pas la différence entre une geisha et une femme en kimono, et l'expression a fait le tour du monde.

La loi japonaise contre la prostitution, votée en 1956 et entrée en vigueur en 1958, a mis fin au mizuage, un rite qui avait existé dans certains milieux. Wikipédia y voit une idée reçue qui persiste en Occident.

Le roman Mémoires d'une geisha, de l'Américain Arthur Golden, a entretenu cette image. Publié en 1997 et adapté au cinéma par Rob Marshall en 2005, il raconte comment le mizuage de son héroïne est mis aux enchères. Mineko Iwasaki, ancienne geiko de Gion qui avait confié ses souvenirs à l'auteur, l'a poursuivi en justice : son éditeur a conclu un accord à l'amiable avec elle en 2003. Elle a ensuite publié ses propres mémoires, qui montrent une tout autre vie de geisha.

Quelle est l'histoire des geishas ?

Les premiers geishas étaient des hommes. Dans les années 1660, des bouffons, les taikomochi ou hōkan, animaient les fêtes des quartiers de plaisir par leurs plaisanteries et leurs chansons.

La première femme geisha apparaît en 1751, selon Wikipédia. Une danseuse du quartier de Fukagawa, à Edo, l'actuelle Tokyo, se serait présentée sous ce titre vers 1750. Vers 1800, le métier est presque entièrement féminin.

Détail d'une estampe de Kitagawa Utamaro, vers 1797 : une geisha et sa servante sous un parapluie par une nuit de pluie

Kitagawa Utamaro a représenté cette époque. Sur cette estampe de vers 1797, conservée au Metropolitan Museum of Art de New York, une geisha sort par une nuit de pluie avec sa servante, qui porte l'étui de son shamisen. Le détail ci-dessus montre les deux femmes sous le parapluie.

Longtemps, le système des geishas a reposé sur une forme de travail sous contrat, rapporte Britannica. Une petite fille était souvent confiée par ses parents à une maison de geishas contre une somme d'argent. La maison la formait, la nourrissait et l'habillait pendant des années, puis la jeune geisha travaillait pour rembourser la dette de ses parents et les frais de sa formation. Certaines, attirées par ce monde, entraient aussi de leur plein gré.

Les geishas ont ensuite été très nombreuses : jusqu'à 80 000 dans les années 1920, selon Britannica. À la fin du XXe siècle, elles ne sont plus que quelques milliers, presque toutes à Tokyo et à Kyoto.

Frise de l'histoire des geishas, des taikomochi des années 1660 aux maiko de Kyoto aujourd'hui

Comment devenir geisha : la formation à Kyoto

À Kyoto, le parcours est décrit par la fondation Ookini Zaidan. On ne peut plus entrer en formation qu'après le collège, alors qu'autrefois, des entrées à 10 ou 13 ans n'étaient pas rares. Le parcours suit cinq étapes :

  1. Shikomi
    Pendant environ un an, l'élève vit dans une maison de geishas, l'okiya, aide aux tâches, apprend les manières, le parler des quartiers de Kyoto et la danse.

  2. Minarai
    Pendant environ un mois, elle accompagne une aînée aux banquets pour apprendre sur le terrain.

  3. Misedashi
    Elle fait ses débuts officiels comme maiko.

  4. Erikae
    Après cinq ou six ans comme maiko, vers 20 ans, elle choisit de devenir geiko ou de quitter le quartier.

  5. Geiko indépendante
    Devenue geiko, elle s'affranchit de l'okiya et exerce à son compte, sans âge de départ à la retraite.

Au fil de ces années, la maiko apprend la danse, la musique et les usages des banquets. L'erikae, le « changement de col », marque son passage au rang de geiko.

Devenir geisha à Kyoto : élève en shikomi, puis maiko après le misedashi, puis geiko après l'erikae vers 20 ans

La tenue, signe du rang

Le kimono dit où en est une geisha dans son parcours. La maiko porte un kimono à longues manches et un obi qui pend presque jusqu'aux chevilles, la geiko des manches courtes et un obi de longueur ordinaire. La coiffure aussi change : la maiko est coiffée avec ses propres cheveux, la geiko porte une perruque de style shimada. Le détail de chaque pièce, du maquillage blanc aux ornements de saison, est dans notre article sur la tenue de geisha.

Ces ornements de cheveux changent chaque mois et suivent les fleurs de la saison, du prunier de janvier au cerisier d'avril : chaque fleur japonaise y a son sens. Ces fleurs de saison inspirent aussi le kimono fleuri d'aujourd'hui. Les longues manches de la maiko, elles, sont celles du furisode, le kimono des jeunes femmes, une pièce de la tenue traditionnelle du Japon.

Les geishas existent-elles encore au Japon ?

Oui. Kyoto compte aujourd'hui cinq quartiers de geishas, les hanamachi, que l'on appelle ensemble les « cinq quartiers fleuris », selon la fondation Ookini Zaidan :

  • Gion Kobu, le plus connu, autour de la rue Hanamikoji
  • Miyagawa-chō
  • Ponto-chō
  • Kamishichiken
  • Gion Higashi

Les geiko sont pourtant bien moins nombreuses qu'autrefois. Wikipédia relève qu'à Kyoto, elles sont passées de 548 en 1965 à 202 en 2006, tandis que les maiko passaient de 76 à 71. Les soirées restent coûteuses : un dîner avec des geishas peut coûter environ 80 000 yens par personne, selon la même source.

Pour les voir, il n'est pas nécessaire d'avoir ses entrées dans une maison de thé. Les spectacles de danse que les quartiers donnent au public ne demandent pas l'introduction traditionnelle exigée pour les banquets.

Conseil : Chaque printemps, les geiko et maiko de Gion Kobu dansent le Miyako Odori au théâtre Gion Kobu Kaburenjō : une façon simple de les voir sur scène.

Attention : À Gion, les photos sont interdites dans les ruelles privées sans l'accord des propriétaires depuis 2019. Depuis avril 2024, Kyoto demande aussi aux touristes de ne plus y entrer, sous peine d'une amende pouvant atteindre 10 000 yens.

À retenir

  • Geisha signifie « personne des arts » : c'est une artiste du chant, de la danse, du shamisen et de la conversation.
  • À Kyoto, la geisha confirmée est une geiko, l'apprentie une maiko.
  • Le métier est né pour être distinct de celui des courtisanes ; la loi de 1956 a mis fin au rite du mizuage.
  • Kyoto compte encore cinq quartiers de geishas, les hanamachi.

Questions fréquentes sur les geishas

Que signifie le mot geisha ?

Le mot geisha (芸者) réunit deux caractères japonais : gei, l'art, et sha, la personne. Il signifie donc « personne des arts », selon l'encyclopédie Britannica. À Kyoto, on parle plutôt de geiko, « femme des arts », pour la geisha confirmée, et de maiko, « femme de la danse », pour l'apprentie.

Existe-t-il des geishas hommes ?

Les premiers geishas étaient des hommes. Dans les années 1660, des bouffons appelés taikomochi ou hōkan animaient les fêtes des quartiers de plaisir. La première femme geisha apparaît en 1751, et le métier devient presque entièrement féminin vers 1800, selon Wikipédia. Aujourd'hui, le mot geisha désigne des femmes.

Une geisha peut-elle se marier ?

Traditionnellement, une geisha qui se marie quitte le métier, rapporte l'encyclopédie Britannica. Certaines épousaient d'ailleurs un client. Selon Wikipédia, quelques geishas mariées continuent aujourd'hui d'exercer, mais c'est rare, et plus probable hors de Kyoto. Une geiko indépendante, elle, n'a pas d'âge de départ à la retraite.

Combien coûte une soirée avec une geisha ?

Un dîner avec des geishas peut coûter environ 80 000 yens par personne, selon Wikipédia, le prix variant selon le lieu et le nombre de geishas présentes. Les banquets se réservent traditionnellement par introduction. Les spectacles de danse donnés au public par les quartiers de Kyoto permettent de voir des geishas sans cette introduction.

Combien gagne une geisha ?

Les revenus des geishas ne sont pas publiés. Une geisha est payée au temps passé avec ses hôtes, un tarif appelé hanadai, les « frais de fleurs », à Kyoto. Si sa maison a financé sa formation, elle rembourse d'abord cette dette sur ses gains, puis touche l'intégralité de ses revenus. Une apprentie facture en général le tiers du tarif d'une geisha.

Pourquoi les geishas ont-elles un « coussin » dans le dos ?

Ce « coussin » est en fait le nœud de l'obi, la ceinture du kimono, noué dans le dos. Chez la maiko, l'obi s'appelle darari : il mesure environ 5,4 m et retombe presque jusqu'aux chevilles, selon le Gion Kobu Kabukai. La geiko porte un obi de longueur ordinaire, celle de toutes les femmes en kimono.

À lire ensuite

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Sources

  1. [1] Encyclopaedia Britannica, Geisha, consulté le 08/10/2026
  2. [2] Wikipédia (anglais), Geisha, consulté le 08/10/2026
  3. [3] Wikipédia (français), Geisha, consulté le 08/10/2026
  4. [4] Wikipédia (anglais), Oiran, consulté le 08/10/2026
  5. [5] Wikipédia (anglais), Memoirs of a Geisha, consulté le 08/10/2026
  6. [6] Ookini Zaidan, devenir maiko, consulté le 08/10/2026
  7. [7] Ookini Zaidan, les geiko, consulté le 08/10/2026
  8. [8] Ookini Zaidan, les cinq hanamachi de Kyoto, consulté le 08/10/2026
  9. [9] The Metropolitan Museum of Art, Kitagawa Utamaro, Geisha and Attendant on a Rainy Night (vers 1797), domaine public, consulté le 08/10/2026
  10. [10] Gion Kobu Kabukai, geiko et maiko, consulté le 08/10/2026
  11. [11] Time Out Tokyo, Gion interdit les photos dans ses rues privées (2019), consulté le 08/10/2026
  12. [12] Time Out Tokyo, Kyoto limite l'accès touristique à Gion (2024), consulté le 08/10/2026